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Comprendre la classification CLP

Classes de danger, catégories, mentions H et pictogrammes : comment le règlement CLP construit la classification d’une substance, étape par étape.

Que fait exactement le règlement CLP ?

Le règlement (CE) n° 1272/2008, dit CLP (Classification, Labelling, Packaging), transpose en droit européen le système général harmonisé des Nations Unies (GHS). Il définit trois choses : comment classer une substance ou un mélange selon ses propriétés physiques, ses effets sur la santé et ses effets sur l’environnement ; comment l’étiqueter en conséquence (pictogrammes, mention d’avertissement, phrases H et P) ; et comment l’emballer pour limiter les risques pendant le transport et le stockage.

La classification n’est pas une opinion : c’est le résultat d’un calcul appliqué à des données d’essai (toxicité aiguë, corrosion cutanée, sensibilisation, etc.) selon des critères numériques fixés à l’annexe I du règlement. Deux substances chimiquement proches peuvent donc avoir des classifications différentes si leurs données d’essai diffèrent.

Comment se lit une classification complète ?

Une classification CLP complète associe une classe de danger (ex. « toxicité aiguë », « cancérogénicité ») à une catégorie qui exprime la sévérité (1A étant la plus sévère, puis 1B, 2, 3…). Chaque combinaison classe + catégorie correspond à une mention de danger (code H) au texte fixe, par exemple H350 (« peut provoquer le cancer ») pour une cancérogénicité de catégorie 1A ou 1B. Le pictogramme et la mention d’avertissement (« Danger » ou « Attention ») découlent ensuite automatiquement de la mention H la plus sévère du produit.

Sur une fiche CAS Intelligence, ce chaînage est visible directement : le module Hazard affiche le pictogramme, la mention d’avertissement, puis chaque code H avec son texte officiel, sourcés à la notification ECHA du Classification & Labelling Inventory.

Classification harmonisée ou auto-classification : quelle différence ?

Pour un petit nombre de substances jugées particulièrement préoccupantes (CMR notamment), l’Union européenne fixe une classification harmonisée unique, contraignante pour tous les fournisseurs, publiée à l’annexe VI du règlement CLP. Pour la grande majorité des substances, ce sont les fabricants et importateurs eux-mêmes qui déterminent la classification (auto-classification) et la notifient à l’ECHA. Cela explique pourquoi plusieurs notifications, parfois légèrement différentes, peuvent coexister pour une même substance dans l’inventaire C&L.

CAS Intelligence retient la notification référencée explicitement comme provenant de l’ECHA lorsqu’elle est présente, plutôt que la première trouvée (voir la page Méthodologie pour le détail exact du filtrage).

Qu’est-ce qu’une mention EUH, et pourquoi n’a-t-elle pas de pictogramme ?

Les mentions EUH (« European Union Hazard ») sont des informations complémentaires propres au CLP, absentes du GHS des Nations Unies : elles couvrent des situations que le cadre onusien ne traite pas explicitement, comme EUH066 (« l’exposition répétée peut provoquer dessèchement ou gerçures de la peau ») ou EUH014 (« réagit violemment au contact de l’eau »). Une mention EUH ne déclenche jamais, à elle seule, un pictogramme ou une mention d’avertissement : elle s’ajoute à l’étiquette en complément d’une classification de danger déjà établie, ou parfois seule sur un produit par ailleurs non classé.

C’est précisément pour cette raison qu’un produit peut sembler « sans danger » au premier regard (aucun pictogramme) tout en portant une mention EUH méritant attention : la rubrique 2 de la FDS reste la seule lecture fiable de l’étiquetage complet.

Comment les phrases P se rattachent-elles aux phrases H ?

Chaque mention de danger (H) est associée, dans les tables du règlement CLP, à une liste de conseils de prudence (P) recommandés, répartis en quatre catégories : prévention (éviter l’exposition), intervention (que faire en cas d’exposition), stockage et élimination. Un fabricant n’est pas tenu d’imprimer tous les P-codes recommandés sur l’étiquette : le règlement limite volontairement leur nombre (en général six maximum) pour garder l’étiquette lisible, et laisse le choix des plus pertinents au responsable de la mise sur le marché.

Cela signifie qu’une FDS complète (rubrique 8 notamment) reste plus riche en recommandations pratiques que la seule étiquette du contenant. C’est aussi pourquoi une fiche CAS Intelligence regroupe les phrases P par catégorie plutôt que de se limiter aux quelques codes visibles sur un emballage donné.

Que se passe-t-il quand un mélange contient plusieurs substances classées ?

Un mélange (une peinture, un détergent, une formulation industrielle) n’a pas de données d’essai qui lui sont propres dans la plupart des cas : sa classification se calcule à partir de celle de ses composants et de leur concentration, selon des règles de calcul et des seuils de concentration fixés à l’annexe I du règlement CLP (méthode dite « par le calcul »). Deux substances chacune classées irritantes en dessous d’un certain seuil peuvent, combinées au-dessus d’un seuil cumulé, faire basculer le mélange vers une classification plus sévère.

C’est pourquoi la classification d’un mélange commercial ne peut jamais se déduire simplement en additionnant les pictogrammes de ses composants pris isolément : c’est un calcul réglementé, propre à chaque classe de danger, que seul le fabricant du mélange est en mesure de documenter précisément dans sa FDS.

Exemples de classes de danger et leurs catégories les plus sévères
Classe de dangerCatégorie la plus sévèreMention H associée
Cancérogénicité1AH350
Mutagénicité sur les cellules germinales1AH340
Toxicité pour la reproduction1AH360
Toxicité aiguë (orale)1H300
Corrosion cutanée1H314
Liquides inflammables1H224

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